Prophéties d’Isabelle Larouche aux Éditions du Phoenix

Les livres sont souvent intemporels, celui-ci l’est tout particulièrement. Certes, l’attachant personnage de la mendigote traversant les époques pourrait se révéler un indicateur, mais l’atmosphère mystérieuse du roman enveloppe le lecteur d’une magie distinctive, reliant le passé, le présent et le futur.

« Peu importe où elle est, peu importe où elle va, la dame au long manteau noir scrute sans répit les figures des gens. Cherche-t-elle un fantôme évanoui ? Des parcelles de sa mémoire déchirée ? […] Ses longs et tortueux chemins de vie se sont-ils emmêlés au point de l’emprisonner dans un troublant délire ? »

L’histoire raconte la très longue vie de cette vieille dame tranquillement assise dans les aires publiques. Vous êtes peut-être déjà passés à côté d’elle sans l’apercevoir… Même si certains préfèrent l’ignorer à dessein, leur existence est, d’une manière ou d’une autre, irrémédiablement liée à elle.

« Dans les rues de la ville, on la reconnaît à son dos bossu, à sa petite taille et à son air sombre. […] Reflet d’un triste paysage, son visage est strié de rides profondes […] des torrents de larmes ont jadis coulé de ses yeux. […] Oubliée de la société, elle est en perpétuelle migration parmi les passants. »

Par chance, de bonnes âmes s’arrêtent sur leur passage. Chacun à leur façon, ils représentent une pièce du puzzle qu’elle tente d’assembler. Comme le jeune David que le lecteur découvre dans un quartier de Verdun en 1929. Il est le benjamin des quatre enfants de Robert qui vit une période très éprouvante. Comme beaucoup d’autres chômeurs, il peine à répondre aux besoins de base de sa famille. C’est son petit bonhomme qui va remarquer la mendiante sur le banc du parc. Avec toute sa candeur, il s’adressera à elle, ce qui déclenchera un étrange changement.

« …cette mystérieuse clocharde est loin d’être une obscure ensorceleuse. Elle est quelque chose d’autre et cache un grand secret blotti sous son armure loqueteuse. »

Peu de temps après cet échange, une énigmatique et minuscule clé trouvera son chemin vers le foyer du petit David, un vent de magie soufflera alors ses bienfaits dans leur existence et un premier morceau se mettra en place…

D’une manière similaire, le lecteur sera entrainé dans trois  histoires différentes où il découvrira, à chaque fois, un nouveau visage qui, à un moment où un autre, a fait la rencontre de l’étrange vieille dame. Or, des siècles séparent ces personnages… comment est-ce possible ? C’est un secret qu’Isabelle Larouche entretient très bien avec sa magnifique plume poétique.

Sa capacité à brosser des descriptions éloquentes berce le lecteur dans son récit envoûtant. Elle arrive à recréer une ambiance unique dans chacune de ses courtes aventures. On y découvre, une partie à la fois, la grande courtepointe qu’elle tisse avec une habileté et une lenteur calculée. L’intrigue autour de la véritable histoire de la mendiante reste donc un mystère jusqu’à la toute fin. Les personnages sont très attachants, même si j’avoue que la trajectoire du musicien m’a un peu moins accrochée, elle est nécessaire à former un ensemble cohérent.

            La moralité écologique se pointe ici et là avec une force dans le ton qui aurait pu être un tantinet nuancé, mais ce sujet demeure dans l’air du temps et s’avère très pertinent à la fiction. En outre, l’écriture est tellement belle que ce n’est qu’un détail au passage de certains paragraphes.

Sans quoi, si vous avez envie de connaitre les hasards qui nous unissent malgré nous, je vous invite à saisir cette petite clé fascinante que je vous tends aujourd’hui pour découvrir ce qui se cache dans les pages de Prophéties.

Le résumé:Une itinérante qui rêve dans les parcs et qui donne des miettes de pain aux moineaux et aux pigeons, ça n’a rien d’inquiétant, n’est-ce pas ? Non, cette mystérieuse clocharde est loin d’être une obscure ensorceleuse. Cette petite vieille est quelque chose d’autre et cache un grand secret blotti sous son armure loqueteuse.
L’auteure nous livre un témoignage touchant du passage de cette étrange femme qui a laissé ses traces dans la métropole. Rares sont les hommes et les femmes qui croient encore à l’amour éternel, aux hasards inexplicables et à la magie qui en émane. Et pourtant… en parcourant ces histoires intrigantes et fascinantes qui réunissent des gens comme vous et moi, vous serez transportés dans une aventure inoubliable.”

Bonne lecture !

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Rachel Graveline

Née le 7 novembre 1979 à Montréal, Rachel Graveline est détentrice de deux DEC, un premier en Arts : Exploration théâtrale et un second Techniques de la documentation. Si elle a d’abord souhaité se diriger dans le milieu du spectacle, son envie de canaliser sa créativité à travers les mots l’a fait bifurquer en Création littéraire à l’UQAM. En croisant sa passion pour la littérature et son désir d’animer des ateliers culturels, Rachel a travaillé plusieurs années dans différentes bibliothèques. Mais son imaginaire foisonnant l’a poussée à créer des histoires. Même si c’est à un jeune âge qu’elle a commencé l’écriture, ce n’est qu’après son troisième enfant qu’elle s’est investie dans son projet de devenir auteure.

En 2018, son premier roman publié chez Béliveau éditeur, Karmacélia : secrets, rituels et sacrifices, se retrouve en librairie. Son aventure se déploie à l’été 2021 avec la publication de trois séries (Camping Transylvanie, Monsieur Zombie et les zombinos et Hantises) aux Éditions Victor et Anaïs. Elle y publie aussi Mystère et pommes d’amour, une romance pétillante pour les préadolescents. Au printemps 2022, Rachel publie son premier roman Frissons, Sombres aveux. Son second roman de la même collection chez Héritage jeunesse, Spectacle morbide, paraîtra d’ailleurs à l’automne 2022. Plusieurs autres titres verront aussi le jour en 2023, notamment avec sa nouvelle maison, les Éditions Pratico-pratique. Dans chacune de ses création, son but reste d'offrir des refuges au cœur de l’imaginaire.