Variétés

Disparu(e)(s)

C’est vendredi soir que je me suis rendue pour la première fois à ce théâtre, le Prospero. Charmant endroit où la petite salle favorise la communication de l’intensité des acteurs qui sont à quelques pas de leur public. Ça faisait un moment déjà que je n’avais pas profité d’une pièce, j’étais ravie de prendre place rangé 2, bien au centre. Je feuilletais la brochure un bref instant :

Le collectif 7 présente: Disparu (e) (s), un texte de Frédéric Sonntag, mise en scène par Martin Faucher.

Je tournais les pages sans vraiment lire le contenu. En fait, je réalise que je lis rarement le contenu sur place, mais plutôt au retour. Je profite donc des photos, des grandes lignes et surtout j’observe les visages de ces comédiens que je découvrirai bientôt dans cet espace scénique.

La scène

Vide, ou presque. Ce bloque de béton avec le poteau qui s’étire jusqu’au haut plafond du théâtre. Il y a aussi ce panier d’épicerie tout fond à l’abandon. Juste à l’avant scène, un carré bien défini, illusion de terre et d’herbes, qu’est-ce? Les lumières se tamisent. Éclairage bleuté, ciel sombre, effet nocturne. Désormais sous mes yeux s’étend un désert de bitume, le stationnement d’un centre commercial la nuit. Pour seul éclairage intense, ce réverbère comme un mystère qui se plante au milieu de la scène. Les comédiens entrent.

 La pièce

C’est d’abord dans une mouvance silencieuse que l’on découvre tous les personnages. J’aime que les metteurs en scène n’aient pas peur du silence qui sait si souvent meubler une intensité à lui seul.

Dans ma perception, la phrase clé de cette pièce « On dit beaucoup trop de choses… ». Des âmes perdues, même déchirées qui par cette disparition se voient propulsées dans un événement, dans son événement. Celui de cette jeune fille qui n’est jamais arrivé à destination. Cette histoire tout près d’eux, n’est pas la leur. Cette vie dans laquelle ces 6 jeunes se meurent, se meurent de quoi, de vivre ou de romancer cette mort, la sienne ou la leurs… Cet ennui qu’est parfois le quotidien quand soudainement quelque chose nous en tire et nous bouleverse. Chaque personnage vit cette réalité, cette recherche de romance, celle qu’ils ont tantôt créé, tantôt causé. Crainte, complainte, perturbation et insouciance de jeunes gens à la recherche d’une sensation forte, d’un drame… Est-ce que cette sortie nocturne les mènera enfin à ce besoin d’ÊTRE?

Dans son ensemble, la mise en scène m’a semblé bien rendre le texte et le tumulte de ces personnages bien que certains « soubresauts » m’ont paru parfois superflus. Le choix de faire jouer les comédiens avec l’accent français reste fortement discutable, mais s’oublie à mesure que progresse la pièce.

Le jeu

Davantage une pièce où l’on se laisse bercer par l’histoire des personnages que le dénouement de celle-ci, il y est important que les acteurs livrent une performance intense.

Celle qui m’a le plus touché, le personnage de Sonia, incarné par la comédienne Francesca Bàrcenas. Une voix soutenue, bien projeté, je n’ai pas perdu un seul mot de ces répliques. Son jeu à la fois juste et profond nous livre bien l’intériorité et la détresse de cette âme profondément blessée.

Un autre personnage bien ancré, celui de Yan Rompré alias Freddy. Plus que perturbé, il sait donner la note pour quémander notre pitié et au détour nous surprendre avec la déviance bien étrange de ce garçon.

Il y a aussi Marilyn qui au départ, je dois le dire m’a plutôt déplu. Mais, une fois la première scène envolée, j’ai senti davantage l’intégrité du personnage s’installer. C’est pendant sa grande tirade que la comédienne Véronique Pascal a vraiment été très impressionnante avec un contact visuel intense avec le public. Un texte bien livré et un personnage charmant parfois drôle et souvent triste.

Les 3 autres, Bloodypink (Sarah Berthiaume), Vincent (Vincent Fafard) et Le Garçon (Julien Lemire) ne m’ont pas particulièrement frappé! Leurs jeux étaient justes et leurs personnages sauront certainement vous surprendre! 😉

Finalement

Dans son ensemble, j’ai vraiment apprécié cette pièce surprenante et intrigante! Évidemment, si vous êtes le genre traditionnel qui préfère suivre une pièce avec un début, un dénouement et une fin claire, net et précis, je ne suis pas certaine que vous aimerez! Cependant, si vous voulez tentez l’expérience de vous faire bercer par des personnages bien ancrés avec une romance surréaliste dans une histoire bien d’actualité, allez-y! Et, surtout faites vite parce que c’est leur dernière semaine de présentation. Quoi de mieux que de voir pour pouvoir à votre tour me dire votre histoire…

Bon spectacle!

La bande-annonce: Disparu(e)(s)

Réservez dès maintenant: Théâtre Prospero

Partagez!

Rachel Graveline

Née le 7 novembre 1979 à Montréal, Rachel Graveline est détentrice de deux DEC, un premier en Arts : Exploration théâtrale et un second Techniques de la documentation. Si elle a d’abord souhaité se diriger dans le milieu du spectacle, son envie de canaliser sa créativité à travers les mots l’a fait bifurquer en Création littéraire à l’UQAM. En croisant sa passion pour la littérature et son désir d’animer des ateliers culturels, Rachel a travaillé plusieurs années dans différentes bibliothèques. Mais son imaginaire foisonnant l’a poussée à créer des histoires. Même si c’est à un jeune âge qu’elle a commencé l’écriture, ce n’est qu’après son troisième enfant qu’elle s’est investie dans son projet de devenir auteure.

En 2018, son premier roman publié chez Béliveau éditeur, Karmacélia : secrets, rituels et sacrifices, se retrouve en librairie. Son aventure se déploie à l’été 2021 avec la publication de trois séries (Camping Transylvanie, Monsieur Zombie et les zombinos et Hantises) aux Éditions Victor et Anaïs. Elle y publie aussi Mystère et pommes d’amour, une romance pétillante pour les préadolescents. Au printemps 2022, Rachel publie son premier roman Frissons, Sombres aveux. Son second roman de la même collection chez Héritage jeunesse, Spectacle morbide, paraîtra d’ailleurs à l’automne 2022. Plusieurs autres titres verront aussi le jour en 2023, notamment avec sa nouvelle maison, les Éditions Pratico-pratique. Dans chacune de ses création, son but reste d'offrir des refuges au cœur de l’imaginaire.